De Zagreb à Paris, une saison au bout du souffle – Entretien avec Laurent Legname
Après une saison intense marquée par une demi-finale européenne, un match d’anthologie face à Paris et une montée en puissance progressive, Laurent Legname dresse le bilan. Dans cet entretien, l’entraîneur de la JDA revient sur les moments forts de l’année, les clés de la progression de son groupe, l’impact de la campagne européenne… et jette un œil vers la saison à venir.
« Laurent, comment tu te sens après cette longue saison ?
Je vais bien, merci !
Tu arrives à décrocher un peu, à partir en vacances ?
Oui, on va dire ça. Disons que la période est plus calme, mais on est dans le recrutement, donc l’esprit reste mobilisé. Il y a moins de pression que pendant la saison, mais on ne coupe pas vraiment : il faut reconstruire l’équipe.
Tu vas partir dans le Sud ?
Ah ça, c’est non négociable ! (rires)
Si on revient au tout début de saison, quel souvenir tu gardes du tout premier match officiel ? Et quels étaient les objectifs à ce moment-là ?
Le premier vrai test, c’était à Zagreb, pour les qualifications à la FIBA Europe Cup. On gagne ce match 84-94. C’était déjà un objectif fort du club : passer ce tour pour entrer dans le tableau principal et aller le plus loin possible. Ce soir-là, on a vu le potentiel offensif de l’équipe… mais aussi que le groupe n’était pas encore marqué par l’ADN défensif de la JDA. Un collectif de bons gars, bosseurs, à l’écoute, mais parfois un manque de dureté et de caractère. Malgré cela, on a eu une qualité d’entraînement remarquable. Ce sont des joueurs investis, présents, mais il a parfois manqué un brin de grinta. Les objectifs, eux, étaient clairs : viser les Playoffs, tenter de gagner un titre parmi les quatre possibles (championnat, Coupe de France, Leaders Cup et FIBA Europe Cup). On sait que le championnat est devenu très compliqué avec les trois mastodontes en haut. Donc les vraies opportunités étaient les autres compétitions. En Coupe de France, on s’incline en quart face à Paris, futur vainqueur de l’édition. En FIBA Europe Cup, on réalise un très beau parcours, mais cinq minutes d’absence en demi-finale nous privent de la finale. Et en championnat, on croise de nouveau la route de Paris… qui finira champion. Donc finalement, on atteint les objectifs fixés, même si notre mauvais début de saison nous prive de Leaders Cup. Ce redressement, on le doit à l’implication des joueurs, du staff, à leur capacité d’adaptation et aux nombreux échanges qu’on a eus. Dès janvier, on a retrouvé notre rythme et terminé sur une dynamique vraiment positive.
Si tu compares le tout premier match face à Zagreb avec le dernier contre Paris, qu’est-ce qui a changé dans l’équipe ?
Il y a eu une vraie transformation. Les joueurs ont progressivement compris ce que le staff et moi attendions, aussi bien sur le plan défensif qu’offensif. On a beaucoup expérimenté en défense cette saison, bien plus que d’habitude, avant de revenir à des principes de base solides. Il y a eu beaucoup de travail, d’ajustements et les joueurs ont fini par vraiment s’approprier le projet collectif. Offensivement, on a toujours proposé un jeu cohérent. C’était l’un de nos points forts : on termine dans le top 3 des équipes avec le plus de passes décisives et le moins de ballons perdus. Le groupe a su développer un basket collectif de qualité.
Tu as ressenti un moment-clé, un tournant dans la saison où tu t’es dit : « là, on peut aller loin » ?
Pas vraiment. Quand on enchaîne les matchs tous les trois jours, on est en mode automatique, la tête dans le guidon. Il y a eu des périodes de doute, comme avant la trêve, après la défaite contre Saint-Quentin ici, ou encore en décembre, avec plusieurs matchs de championnat compliqués. Mais le déclic a peut-être eu lieu en janvier, lors du match contre Villeurbanne. Ce jour-là, on a pris conscience du potentiel réel de l’équipe. Ensuite, les victoires ont amené de la confiance et la confiance a entraîné d’autres victoires. À part l’épisode difficile de Bilbao, on a su enchaîner. Ce match à Bilbao, justement, a été un moment charnière. On aurait pu complètement s’effondrer après cette frustration… Mais au contraire, on a répondu présent, tous ensemble. À partir de là, on a très peu perdu, malgré un calendrier très relevé : Paris, Villeurbanne, Monaco, Bourg… On est allés chercher ces matchs et cela prouve la force de caractère du groupe. On avait une vraie équipe, solidaire et engagée.
On termine 8ème de Betclic ELITE et on passe donc par les play-in. On perd à Chalon, on bat Saint-Quentin… Tu peux nous raconter un peu cette fin de parcours et surtout, ce fameux match 2 contre Paris ?
On finit en réalité 7ème ex æquo avec Chalon, mais on passe 8ème au goal-average général. On se déplace donc là-bas pour le play-in, face à une équipe en pleine confiance, qui tournait à 110 points par match à ce moment-là, avec des joueurs en pleine réussite. On fait une bonne entame, une douzaine de minutes solides où on les tient. Et puis, comme à Bilbao, on connaît un trou d’air fatal : 5 à 6 minutes dans le deuxième quart-temps, et on encaisse un 36-16. L’écart était fait et c’était impossible de revenir. On a su réagir très vite trois jours plus tard face à Saint-Quentin. Une équipe disciplinée, qui joue bien. Dès le début, on a senti notre groupe concerné, sérieux et on a maîtrisé ce match pour décrocher notre place en quarts. Face à Paris ensuite, le premier match a été compliqué. Ils avaient encore en travers la défaite subie en championnat contre nous. Pendant 20 minutes, on n’est pas dedans. Mais la deuxième mi-temps montre qu’on peut rivaliser. On finit à -13, mais on reste dans le coup. Et puis, ce match retour à Dijon… Franchement, c’est dans mon top 5 des plus gros matchs que j’ai vécus ici en dix ans. Il y avait tout : le contenu, le scénario, la stratégie, l’ambiance, le public. Un match fou, qui se termine sur le tir d’Axel. Beaucoup de gens m’en ont reparlé. C’est pour ces moments-là qu’on fait ce métier. Ils sont rares, mais inoubliables. Malheureusement, cette énorme dépense mentale nous coûte le match 3. On n’a pas eu les ressources pour remettre le même niveau d’intensité. Mais on retiendra surtout ce match 2, qui symbolise beaucoup.
Et pour la FIBA Europe Cup, comment tu as vécu cette aventure européenne ? Et la fin, forcément frustrante ?
C’était une première pour nous, car jusqu’ici on jouait la BCL. On a tous été un peu surpris par l’enchaînement des matchs. Deux tours préliminaires, puis 6 matchs de groupe, encore 6 au deuxième tour et ensuite les quarts et les demi-finales. Ça fait 18 matchs européens en très peu de temps. C’est très exigeant mentalement et physiquement. Contrairement à la BCL, où tu as parfois une semaine de repos, là, c’était non-stop. On a voyagé dans des endroits atypiques : le Kosovo, l’Écosse, la Roumanie… C’est ça aussi le charme de la Coupe d’Europe. Mais ces déplacements étaient longs, parfois épuisants, et cela a eu un vrai impact. Mentalement, ça nous a usés. Certains matchs de championnat en ont sûrement pâti. On pense aux défaites de décembre, à celle contre La Rochelle ici, ou encore à Saint-Quentin… Mais malgré cela, on a vécu une vraie aventure. On atteint les demi-finales, on bat de grosses équipes. Le match aller ici contre Bilbao, c’était extraordinaire. Malheureusement, les cinq dernières minutes là-bas nous coûtent tout. C’est dur, mais ça fait partie du jeu. Finalement, on remplit les objectifs fixés. Et surtout, on a porté la marque JDA aux quatre coins de l’Europe. C’est aussi ça, la fierté de cette campagne.
Justement, quel impact a eu la JDA Basket à l’échelle européenne avec cette qualification en demi-finale, et que représente le fait de rejouer la FIBA Europe Cup la saison prochaine ?
C’est une vraie fierté. Thierry DEGORCE et Nathalie VOISIN ont cette volonté forte de faire rayonner la marque JDA en Europe, en lien avec ce qu’ils ont construit à travers la holding. Cela fait maintenant huit saisons consécutives que le club joue une Coupe d’Europe. Ce n’est clairement pas anodin. Si on met de côté les clubs d’EuroLeague, aucun autre en France n’a cette régularité. Pour la saison prochaine, on a la chance d’être directement qualifiés pour le tour principal. Le tirage au sort aura lieu en juillet. On sent que la FIBA Europe Cup monte en niveau. De nombreux clubs quittent l’EuroCup pour rejoindre la BCL, ce qui pousse d’autres bons clubs vers la FIBA Cup. Et on l’a vu dès le deuxième tour cette année, avec des adversaires comme le PAOK, Oradea ou Tallinn. Ce sont des équipes très solides, quasiment du niveau BCL. On sait que rien n’est acquis. Un mauvais tirage, une contre-performance et tout peut s’arrêter vite. Mais on abordera cette nouvelle campagne avec ambition et prudence. Une nouvelle aventure nous attend.
Sur un plan plus personnel, émotionnellement, quels sont les trois moments forts que tu retiens cette saison ?
C’est difficile de n’en retenir que trois, mais s’il faut en choisir… D’abord, le match retour à Bilbao. Une demi-finale de Coupe d’Europe, c’est rare. Et on est vraiment passés tout près d’une qualification historique. Personnellement, oui cela m’a impacté. Ensuite, je dirais le match 2 contre Paris. C’est LA référence de la saison. Il symbolise à lui seul l’évolution de notre équipe, sur tous les plans : jeu, intensité, ambiance. Enfin, le match contre Villeurbanne, ici à Dijon, en janvier. Il nous a permis de prendre conscience qu’on pouvait faire quelque chose de fort avec ce groupe. C’était un déclic collectif.
Plusieurs joueurs ont montré une vraie progression cette saison. Quelle importance tu accordes à ce développement individuel ? Et certains t’ont-ils particulièrement surpris ?
C’est essentiel. Quand tu vois que l’équipe termine la saison beaucoup plus forte qu’elle ne l’a commencée, c’est forcément une grande satisfaction pour un coach. Cela montre une progression, un travail collectif qui porte ses fruits. Je pense à Ilias, bien sûr, qui a énormément grandi dans son rôle. Allan aussi, qui a mieux compris le jeu au fil des matchs et a eu un vrai impact par moments. Axel a très bien terminé la saison, notamment sur les deux derniers mois. Phil aussi a été précieux, il est arrivé avec de l’impact, puis il a eu l’intelligence d’accompagner l’éclosion d’Ilias sans jamais se mettre en opposition. Il a joué son rôle à fond en sortie de banc. C’est un vrai bon mec. Et puis il y a Gregor, dont l’arrivée a été déterminante. Il nous a apporté du leadership, de la grinta, de la stabilité. Il a libéré certains joueurs en assumant une part de responsabilité, ce qui a permis aux autres de s’exprimer pleinement. Globalement, on a vu une vraie amélioration du niveau de jeu collectif… et c’est souvent le reflet de nombreuses progressions individuelles bien accompagnées.
Comment tu abordes la prochaine saison ?
Pour l’instant, l’équipe n’est pas encore complète. Il reste plusieurs joueurs à recruter, donc on pourra faire un vrai point à la rentrée, en août-septembre. Mais sur le fond, mon ambition reste intacte : gagner un maximum de matchs, dans toutes les compétitions. C’est ce qui m’anime depuis toujours. Et je vais attaquer cette nouvelle saison avec la même envie, la même exigence et la même motivation que chaque année.
Tu peux nous dire quelques mots sur le staff et l’effectif, à date ?
Le staff ne change pas, c’est simple. On garde la même structure avec l’arrivée d’Élise qui va venir renforcer le travail individuel aux côtés d’Antoine et Fred. Son rôle sera de compléter notre palette de coachs pour encore mieux accompagner les joueurs, individuellement. Côté effectif, on sait déjà que Justin BIBBINS nous rejoint au poste de meneur. Il est là pour être notre leader et j’espère qu’il le deviendra rapidement. À l’intérieur, on accueille Quentin LOSSER. C’est un pari, mais un pari que je crois positif. Je le connais un peu humainement. Il a beaucoup progressé avec Hyères-Toulon ces deux dernières saisons. Il va nous apporter sa dureté et sa combativité. À lui de faire le nécessaire cet été pour répondre au niveau d’exigence de la Betclic ELITE (Williams NARACE n’était pas encore officialisé à ce moment-là).
Un dernier mot pour les supporters ?
Une nouvelle fois, je tiens à les remercier. Depuis que je suis ici, on peut toujours compter sur une salle quasi pleine en championnat, et ça, c’est énorme pour les joueurs. Je pense notamment au match contre Cholet en mars, après lequel je m’étais excusé, parce que notre prestation n’était pas à la hauteur de ce public. Comme en début de saison, d’ailleurs, où on a connu pas mal de déchets à domicile. Mais malgré ça, ils sont toujours restés derrière nous. Dès que les joueurs montrent de l’envie et de l’intensité, ils répondent présents. On l’a vu lors des matchs contre Bilbao, Paris ou Saint-Quentin. Cette salle, c’est quelque chose d’unique. J’ai aussi la chance de connaître pas mal de gens dans le public. C’est beau de voir que la JDA reste le cœur battant du sport à Dijon. Et ça me donne encore plus envie de rendre quelque chose à ce club, à ces gens. Leur offrir des émotions, du plaisir. Parce que c’est ça, au fond, le but du sport.
On se retrouve en août pour la reprise ?
Avec grand plaisir ! »
#MyJDA #JDAFamily